samedi 24 février 2007

Bibliothécaire : Petit guide de communication (première partie)

Ceci est le premier d'une longue (!) liste de billets pas très sérieux sur ce que je propose de faire pour aider à la promotion de la profession de bibliothécaire... Je me penche plus spécialement sur les bibliothécaires, mais ces billets pourront bien sûr s'appliquer aux autres professions de l'information.

Une petite enquête non exhaustive (durant mes partys de Noël) m'a permis de constater que la phrase : « J'étudie à la maîtrise pour devenir bibliothécaire » entraîne inévitablement des commentaires insipides du genre :

- « Tu dois vraiment aimer lire »
- « Quoi ? Ça prend une maîtrise pour classer des livres ??! »
- ou le fameux « Ah oui ?» suivi d'un long silence (lorsque notre interlocuteur ne trouve pas n'importe quel prétexte pour relancer la conversation sur un sujet qu'il juge plus intéressant, comme la température des cinq dernières années, ou pour se sauver de notre présence)

À moins de persister dans une longue lutte pour maintenir l'attention de notre interlocuteur afin de lui expliquer ce qu'est la profession et tous les défis auxquels elle fait face, nous sommes rapidement classés dans la catégorie des êtres humains sans aucun intérêt. Devant l'oncle et la tante qu'on rencontre une fois par année, les conséquences ne sont pas très lourdes : ils l'auront oublié et vous poseront encore la question l'année suivante. Par contre, dans une soirée de speed dating, vous risquez que cette phrase réduise à néant vos chances de susciter le moindre intérêt.

Mais que répondre lorsqu'on vous demande ce que vous faites dans la vie ?

Plusieurs stratégies peuvent être adoptées :

Ne pas répondre : ceci manque de savoir-vivre et votre interlocuteur s'imaginera que vous menez des activités illicites. À moins que vous vouliez faire planer la rumeur que vous vous adonnez à la traite des blanches ou à la vente d'organes humains durant vos temps libres, cette stratégie est mauvaise. Mais le plus important, ceci pourrait vouloir dire que vous avez honte de ce que vous faites dans la vie. Mais chacun d'entre nous est fier d'avoir choisi le plusss beau métier du monde, n'est-ce pas ? Cette stratégie est donc à proscrire.

Être proactif : Anticipez la réaction de votre interlocuteur en changeant tout-de-suite de sujet à sa place. Cette stratégie a le seul avantage d'éviter à votre interlocuteur le malaise de devoir tuer la conversation. Même s'il vous sera reconnaissant, il risque par contre de vouloir quand-même se sauver de vous. De plus, cette stratégie n'aidera en rien la promotion de la profession et pourrait renforcer l'idée que le métier est sans intérêt.

L'omission : Dire qu'on est en train de compléter une maîtrise sans spécifier le domaine, et détourner la conversations sur les aléas des études universitaires. Cette stratégie n'est pas conseillée parce que rien n'indique que votre interlocuteur se contentera de cette réponse, et vous risquez de vous retrouver avec le même problème plus tard. Et comme mentionné précédemment, nulle raison de se cacher ou d'avoir honte d'être bibliothécaire.

L'humour : Après avoir lâché le morceau, détendez l'atmosphère à l'aide d'une blague telle que : «Cette session, je suis le cours de chignon avancé». En plus de désamorcer le sentiment de panique de votre interlocuteur, celui-ci aura l'impression que, malgré le fait que vous êtes un futur bibliothécaire, vous pouvez être sympatique. Il sera heureux de dire à tous ses amis : «Vous ne me croirez jamais ! Je connais un bibliothécaire avec un bon sens de l'humour», et présenté comme ça, personne ne voudra le croire. Cette stratégie n'aura donc pas comme effet de changer les perceptions erronées sur la profession.

La meilleure stratégie, à mon avis, est de répondre : « Je fais une maîtrise en sciences de l'information ». Puisque personne ne sait ce que c'est, vous risquez au moins de susciter la curiosité. J'ai expérimenté cette méthode et voici ce que j'ai remarqué :

- Il y a bien sûr des gens qui feront comme s'ils savaient exactement de quoi vous parlez. Ils vous souriront en prenant un air supérieur et intéressé. Mais poussez un peu plus loin votre investigation : demandez ce que sont, à leur avis, les sciences de l'information. Les réponses sont fascinantes : certains imaginent que c'est l'étude de la manipulation du public par l'information, plusieurs croient que vous serez un grand journaliste, d'autres considèrent que vous êtres un futur membre de la CIA ou un émule de Big Brother. Dans ce dernier cas, ne les détrompez pas : le respect mêlé d'inquiétude lorsqu'ils vous regardent du coin de l'oeil vaut bien ce petit péché par omission...

- La majorité vous demandera par contre ce qu'est cette bibitte, les sciences de l'information. Ne mentionnez pas toute suite le mot «bibliothécaire»; prenez le temps d'expliquer en quoi consiste le travail (puisque vous avez leur attention, profitez-en !) : trouver, choisir, rassembler, organiser, synthétiser, analyser, diffuser de l'information à différents publics (et tout ce qui en découle), l'importance de la technologie, votre rôle social, etc. Lorsqu'ils seront impressionnés, laissez tomber que ce métier est mieux connu sous le nom de bibliothécaire...

Les avantages de cette stratégie sont multiples : dire «les sciences de l'information», ça fait sérieux, ça fait professionnel, ça fait impressionnant : les gens vous écouteront avec attention. De plus, cette méthode permet de promouvoir ce qu'est vraiment le métier et, qui sait, de changer certaines perceptions.

Essayez et donnez-m'en des nouvelles !

5 commentaires:

Marjolaine a dit...

J'ai justement tenté d'expliquer mon existence professionnelle cette fin de semaine durant ma sortie de ski avec mes copains! Je crois que ça doit faire au moins une vingtaine de fois que je tente de leur expliquer les tâches des spécialistes de l'information, leur mission, leur utilité. Comble de joie devant un chocolat chaud, une de mes amie m'a répondu: " Depuis que tu m'expliques ton domaine d'étude, je ne vois plus l'information comme avant. Avant, je croyais que les bases de données et les catalogues de bibliothèques se créaient tout seul, maintenant je remarque l'ampleur de la tâche et son utilité dans ma vie d'universitaire." Vous voyez que tout n'est pas perdu! Plus nous parlerons de notre métier et plus les gens comprendront le maillon de la chaîne que nous solidifions dans notre société! De là à dire qu'ils aimeraient faire comme nous, alors là, nous avons encore du chemin à faire avant que notre profession soit GLAMOUR.

j-p a dit...

J'ai toujours répndu "bibliothéconomie" assez spontanément quand on me demandais mon domaine d'étude et je n'ai réussi qu'à mêler mes interlocuteurs quand j'ai essayé l'approche "sciences de l'information avec une spécialisation en bibliothéconomie". En fait, je prèfère de loin dire carrément que j'étudie pour devenir bibliothécaire parce que c'est efffectivement mon cas et que je pense que le terme "bibliothécaire", même s'il traîne
une certaine image parfois faussée, nous rattache directement à une longue tradition historique qui reste, je pense, encore valorisée dans la société.

DLH a dit...

J'ai beaucoup aimé ce billet.
En fait, le problème ne s'arrêtera pas à la fin des études, il est toujours difficile d'expliquer notre métier surtout si l'on est un professionnel de l'information qui ne travaille pas dans une bibliothèque ou un centre de documentation, et il y en a de plus en plus !
Quand je dis documentaliste, on me répond :"ah oui, tu as toujours aimé lire"
Quand j'essaie d'expliquer que je travail sur un système d'information documentaire, c'est le ? (=blanc) ou alors "tu fais de l'informatique"
Bref, j'évite de parler de mon boulot ou alors je mentionne mon organisme et pas mon métier en espérant ne pas avoir d'autre question !

iPuce a dit...

J'ai beaucoup aimé ce billet Sylvie! Tu m'as fais bien rire en décrivant si bien la "détresse" psychologique des gens quand on leur mentionne le mot bibliothèque, bibliothécaire ou sciences de l'information.

Toutefois, je suis plus ou moins d'accord avec la fin de ton billet. La bibliothéconomie fait partie des sciences de l'information mais d'autres "professions" (toutes aussi nébuleuses) en font partie aussi...

Mais ta stratégie recommandée peut aussi bien marcher avec l'archivistique, la gestion stratégique de l'information ou la gestion de l'information électronique ;o)

steffie a dit...

C'est tellement vrai!

Moi même ayant fait des études en documentation-et maintenant en littérature jeunesse-je dois constament faire face à ce genre de préjugé.Et il est vrai que dire "Information-Communication" fait tout de suite son effet. Seuls mes parents ont à peu près saisi la réalité du métier (enfin j'espère..).
Des amies à moi ont fait un blog sur la documentation: http://ladocpourlesnuls.blogspot.com/ allez le voir, c'est aussi très drôle!

En tout cas, que ce soit en France ou au Québec, les préjugés sur les bibliothécaires ont la peau dure...

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